CADRE MOBILISÉ
L’Échelle d’Adoption

Le 20 octobre 2026, le Conseil de gouvernement a adopté le projet de loi de finances n° 60-26 pour l’année 2027, que le ministre de l’Économie et des Finances a présenté le 23 octobre devant les deux Chambres du Parlement. Sa note de présentation consacre une partie entière à la « souveraineté numérique : infrastructures, innovation et intelligence artificielle », avec les priorités de l’année, inscrites dans la stratégie « Maroc Digital 2030 ». Ce n’est qu’un projet. Le Parlement peut l’amender, et aucune des mesures annoncées n’est encore traduite en texte.

Le cloud devient la règle des nouveaux projets publics

La première mesure de l’axe consacré aux infrastructures est la publication d’une circulaire instituant la politique nationale « Cloud First ». Le texte en donne lui-même la portée : elle « fait du cloud le choix par défaut de tout nouveau projet numérique des administrations publiques ». La note y associe l’accompagnement de la migration des systèmes d’information vers une infrastructure nationale sécurisée, appuyé par des guides et des référentiels de migration et par une commande publique qui privilégie les centres de données à haute efficacité énergétique.

Viennent ensuite le lancement à Rabat du centre de données souverain Jazari-Root, d’une capacité de 50 mégawatts sur la période 2027-2029, qui doit porter l’hébergement sécurisé des données stratégiques de l’État. Et la note prévoit un dispositif national intégré de cybersécurité et de stockage des données des Marocains dans un cloud national souverain.

Le cadre d’IA responsable se prépare avec la CNDP

La note rattache l’IA à la feuille de route « AI Made in Morocco 2030 », adossée au réseau JAZARI. Elle prévoit d’élaborer un « cadre national de confiance et d’intelligence artificielle responsable », en coordination avec la CNDP, la DGSSI, la DGSN et l’Agence de développement du digital. Pour les modèles nationaux adaptés à la darija, à l’amazighe et à l’arabe, elle cite « notamment GemMaroc pour le langage et IsMa pour la transcription automatique », en lien avec le laboratoire de recherche et développement mis en place avec Mistral AI. Elle annonce aussi un programme « IA Maroc » et la formation de 5 000 encadrants en IA.

Le nouveau ministère a ses premiers crédits

Le texte du projet ouvre au ministère de l’Intelligence artificielle, de la Transformation numérique et de la Réforme de l’administration 119 262 000 dirhams pour le personnel, 140 238 000 dirhams pour le matériel et les dépenses diverses, et 1 079 225 000 dirhams de crédits de paiement d’investissement pour 2027. À compter du 1er janvier 2027, le compte d’affectation spéciale de la transition numérique perd la mention de l’amazighe dans son intitulé et devient le « Fonds de modernisation de l’administration publique et d’appui à la transition numérique », avec 1 020 000 000 dirhams de ressources prévues pour 2027.

La circulaire touche d’abord ceux qui vendent à l’État

Pour un intégrateur, un éditeur ou une agence qui répond aux appels d’offres publics, trois critères montent : l’hébergement dans le cloud, l’hébergement sur une infrastructure nationale pour les données de l’État et des citoyens, et l’efficacité énergétique des centres de données. Une offre qui suppose un serveur installé chez le client, ou un hébergement hors du pays, s’écarte bien du choix par défaut que la circulaire doit fixer : mieux vaut savoir l’argumenter avant sa publication.

Pour une entreprise qui déploie de l’IA auprès du public, la CNDP est associée au futur cadre dès son élaboration, et la note le décrit comme « articulant innovation, éthique, sécurité et protection des données personnelles ». Aucune date n’est fixée, ni pour la circulaire ni pour le cadre.

Ce que je préparerais avant les premiers appels d’offres

Je ferais l’inventaire des offres que nous vendons à l’État : où sont hébergées les données, chez qui, dans quel pays, et avec quelle consommation d’énergie déclarée par l’hébergeur. Pour chacune, j’écrirais deux réponses types, l’une au critère « cloud par défaut », l’autre au critère d’hébergement national. Ce que je mesurerais : le nombre d’offres capables de répondre aux deux sans changer d’architecture.